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Cet Euro qui vaut des millions

Commerce international | juin 2008

La Suisse et l’Autriche coorganisent le treizième Championnat d’Europe de football. Troisième événement sportif au monde, cette compétition est aussi le moteur d’une incroyable mécanique économique. Décryptage.

Que le stade de Bâle, au nord de la Suisse, soit archicomble le 7 juin pour le match d’ouverture entre l’équipe helvétique et la République tchèque, les organisateurs s’y attendaient. Qu’en revanche, les 30 matchs suivants suscitent le même engouement, ils ne l’avaient pas vraiment prévu. Les 1,05 million de tickets mis en vente ont pourtant déchaîné les passions : 9 millions de demandes, soit 18 fois plus que lors de l’édition 2004 au Portugal. Cet Euro 2008, bien sûr, ne battra pas le record d’affluence dans les stades d’il y a quatre ans (1,16 million de spectateurs). Les enceintes sont trop petites pour cela : six d’entre elles comptent autour de 30 000 places, tandis que le stade de Bâle peut accueillir 42 500 spectateurs et celui de Vienne, où se tiendra la finale, le 29 juin, 53 000.

Mais cette édition pourrait, en revanche, attirer beaucoup plus de visiteurs étrangers qu’au Portugal. 500 000 seulement avaient fait le voyage en 2004, alors que 1 à 1,5 million sont attendus cette année. En ajoutant les supporters suisses et autrichiens, la fréquentation totale pourrait atteindre 2,8 à 5,4 millions de personnes, en particulier grâce aux retransmissions des matchs sur écrans géants. Ce que les Suisses ont baptisé le « cinquième » stade, s’inspirant de l’immense succès des projections publiques organisées lors du Mondial 2006 en Allemagne.

Ce Championnat d’Europe de football sera donc, de loin, le plus grand événement jamais organisé en Suisse et en Autriche. Conformément au cahier des charges de l’UEFA, les deux pays sont chargés d’assurer la sécurité hors des stades et de fournir l’ensemble des infrastructures sportives, d’hébergement et de transports nécessaires.

Côté helvétique, le budget public a été limité à 182 millions de francs, soit 115 millions d’euros, dont 45 % payés par la Confédération. Poste principal de dépenses, la sécurité représente plus du tiers des montants, alors que les équipements, à l’exception du stade de Zurich, n’ont nécessité que quelques travaux d’adaptation. La note est plus élevée en Autriche, dont l’État fédéral a dû débourser 133 millions d’euros. La rénovation des stades en a nécessité, à elle seule, 135.

Mais on reste très loin des dépenses engagées lors de l’édition portugaise. Le total des investissements avait atteint, à l’époque, 1,9 milliard d’euros, dont 800 millions pour un ambitieux programme de construction de sept stades, forçant les collectivités locales à s’endetter massivement.

L’organisation d’un tel événement ne serait-elle donc, en définitive, qu’une source de coûts pour les pays qui l’organisent ? Évidemment pas. Les sommes investies durant la préparation, tout comme les recettes générées durant et après la compétition, profitent directement à l’économie locale. L’Euro 2004 aurait ainsi permis une hausse annuelle du PIB portugais de 0,1 à 0,3 % entre 2002 et 2004.

Mais les études d’impact restent délicates à réaliser. Dans un même pays, la tenue d’une compétition peut engendrer une hausse des recettes dans une ville tout en causant leur recul dans une autre. De la même manière, les retombées dont bénéficient certains secteurs économiques sont toujours compensées par des baisses de chiffre d’affaires dans d’autres branches.

Au petit jeu des prévisions, le cabinet Rutter & Partner prédit un chiffre d’affaires, côté Suisse, compris entre 650 et 900 millions d’euros et une hausse du PIB de 0,14 à 0,18 %, les dépenses des visiteurs représentant la moitié de ces montants. Les secteurs du tourisme et de l’hôtellerie en seront évidemment les premiers bénéficiaires, mais le BTP, l’industrie agroalimentaire, les médias et les transports peuvent aussi compter sur de larges retombées. Idem en Autriche, où le gain attendu pour le PIB est de 0,15 %, soit 321 millions d’euros de valeur ajoutée. Au-delà des frontières, une étude commandée par Mastercard estime que les trois semaines de compétition pourraient générer 1,4 milliard d’euros de revenus dans toute l’Europe.

Reste que le grand gagnant sera bel et bien l’UEFA. L’Euro 2008 devrait être la compétition la plus lucrative de tous les temps pour l’as-sociation qui chapote le football européen : 1,25 milliard d’euros de recettes, soit 45 % de plus qu’en 2004 et trente fois plus qu’en 1992, grâce à l’envolée des droits de retransmission télé. Ils devraient représenter cette année 64 % du total, contre 20 % provenant du merchandising et des sponsors, et 16 % de la billetterie.

La moitié de ce chiffre d’affaires sera tout de même engloutie en frais d’organisation, le déroulement de la compétition étant à la charge de l’UEFA. Rien qu’en primes de matchs, les équipes participantes se disputeront 184 millions. Montant versé au vainqueur de la finale ? Pas moins de 7,5 millions. Le foot, décidemment, ne connaît pas la crise.

Christophe Plotard


Organisation. L'union fait la force

Est-ce une tendance de fond ? Après la Belgique et les Pays-Bas en 2000, c’est la deuxième fois qu’un duo de nations est choisi pour organiser l’Euro, et les candidatures communes se multiplient. L’édition 2012, attribuée à la Pologne et à l’Ukraine, était également convoitée par le tandem Hongrie/Croatie. La Croatie qui, quatre ans plus tôt, avait déjà échoué aux côtés de la Bosnie, tout comme le binôme Grèce/Turquie.

Quant à une possible alliance entre la France et l’Italie pour 2016, elle a été démentie. Si la France présente une candidature, ce que souhaite le ministre des Sports, ce sera donc seule. Affaire à suivre.


Infrastructures. Les chantiers titanesques de 2012

C’est un défi gigantesque. Pour satisfaire le cahier des charges de l’UEFA, le binôme Pologne/Ukraine, choisi pour organiser l’Euro 2012, va devoir réaliser un effort d’équipement considérable.

En Pologne, on estime déjà à 8 milliards d’euros le montant des investissements. Le budget consacré aux stades pourrait atteindre 1 milliard. Idem pour l’hébergement hôtelier : 280 nouveaux établissements sont à bâtir. Le pays devra également accélérer la modernisation de ses infrastructures de transports, dont certaines datent de plusieurs décennies.

Les Polonais profiteront, dans cette entreprise, des fonds structurels européens, à hauteur de 25 milliards d’euros environ. Mais l’Ukraine devra se débrouiller sans, alors que l’effort à accomplir est plus grand encore : 17 milliards, soit environ 1/6e de son PIB, dont les pouvoirs publics ne pourront payer que 20 %.

Rien qu’à Kiev, la capitale, 5 milliards d’euros seraient nécessaires. Principal point noir du pays, les transports pourraient coûter près de 13 milliards, dont la moitié pour le réseau routier. Il faudra aussi construire ou moderniser 67 000 chambres d’hôtel. Seuls les chantiers des stades semblent plus avancés, les procédures d’appels d’offres ayant été en partie truquées.

Le cadre juridique constitue d’ailleurs l’un des principaux sujets de préoccupation des investisseurs étrangers, même si plusieurs lois clarifient désormais les choses, notamment dans le domaine des partenariats public-privé. D’ici début 2009 seront attribués la plupart des marchés. Après avoir acheté plusieurs de leurs concurrents locaux, tous les grands groupes européens de BTP ou d’hôtellerie se tiennent prêts. Reste maintenant à tenir les délais, malgré un long retard à l’allumage. Et, une fois la compétition passée, à assurer la rentabilité des investissements.

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