Commerçants. Beaucoup seraient victimes, mais peu se plaignent...
Soumis à la loi des caïds

Le cas de Mahmed Abderrahmen est-il l’arbre qui cache la forêt ? Ce patron d’une supérette Franprix dans le quartier sensible du Franc-Moisin, à Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), est victime, depuis trois mois, d’une série d’agressions et de menaces. Ces dernières semaines, ses mésaventures ont défrayé la chronique.
Les violences auraient débuté dès l’ouverture du magasin, début juin. Mais elles se sont multipliées à la fin du mois d’août. Le 27, le commerçant est frappé aux jambes par un homme muni d’une batte de base-ball. Trois jours plus tard, c’est un groupe de jeunes qui s’attaque, en son absence, à son magasin. Ils vaporisent du gaz lacrymogène, frappent le vigile, tentent d’arracher une caisse enregistreuse et lancent un vélo à l’intérieur des locaux.
Le 31 août, à nouveau, Mahmed Abderrahmen affirme avoir été menacé, sur la route du marché de Rungis, par le conducteur d’une moto.
Les policiers qui enquêtent sur ces agressions appellent cependant à la prudence. Selon eux, le propriétaire victime aurait pour le moins manqué de tact dans ses relations avec certains de ses clients. Etait-ce une raison suffisante pour le rouer de coups ? Au moins deux agressions ont été filmées par les caméras de surveillance du supermarché. Des violences et tentatives d’intimidations loin d’être isolées
« Ce type d’actes est très fréquent, affirme Mohamed Douhane, du syndicat de police Synergie officiers. Les commerçants qui parlent sont une minorité. Beaucoup acceptent la fauche pour éviter les agressions et les destructions. Ceux qui s’en sortent le mieux sont ceux issus du quartier où se trouve leur commerce et qui ont une vraie autorité. »
La fauche, ce sont ces petits vols, parfois quotidiens, auxquels se livrent un certain nombre de jeunes délinquants et sur lesquels tout le monde s’est résigné à fermer les yeux. Certains caïds considèrent les commerces comme une composante du territoire qu’ils contrôlent. Le libre service est la règle, imposée aux propriétaires des lieux. Souvent, la loi des cités veut aussi que les gérants embauchent dans leur personnel des jeunes du quartier, sous peine, là encore, de représailles. Certains seraient même soumis, plus ou moins régulièrement, à un véritable racket. « Une situation répandue, selon Mohamed Douhane, mais rarement organisée en un véritable système d’extorsion. »
Se plier la loi des bandes ou... plier bagage
Mais les cités sensibles ne sont pas forcément les seules touchées. « Des problèmes de ce type se sont par exemple produits dans une rue du quartier Saint-Lazare, à Paris, en 2006, se souvient un responsable de la Fédération nationale de l’épicerie. Vers 18 heures, un groupe de cinq ou six jeunes arrivait de banlieue en train et avait pris l’habitude d’envahir les magasins, l’épicerie, la boulangerie, le café, et de s’y servir. Ils étaient très agressifs, mettaient les gondoles par terre. L’un des commerçant s’est une fois opposé à eux ; il a pris une boîte de conserve sur la tête et a fait trois mois d’arrêt de travail. »
Sur place, l’homme en question se montre extrêmement méfiant face aux questions. Puis, lorsqu’on évoque l’agression, il dément catégoriquement et coupe court à la conversation. Est-ce encore la peur des représailles ? Dans cette rue, à l’époque des faits, les commerçants s’étaient rapidement unis pour intervenir en force auprès des services de police. Ils avaient bénéficié de mesures de protection et de surveillance durant plusieurs semaines, et profitent depuis d’une tranquillité retrouvée.
A Saint-Denis, le supermarché de Mahmed Abderrahmen est lui aussi désormais gardé par plusieurs policiers. Mais d’autres commerçants, peut-être plus isolés, n’ont pas d’autre choix que de se taire. Ou de plier bagage.
Au Franprix du Franc-Moisin, le propriétaire précédent n’avait déjà pas réussi à supporter la pression. Preuve que les délinquants de la cité n’ont pas attendu l’été 2007 pour faire régner leur loi.
Christophe Plotard
RECHERCHE
DOSSIERS
DIAPORAMAS
> Cambodge & Thaïlande
> Argentine