Irak

Le vrai coût de la guerre

Valeurs actuelles | 2 juin 2006

Le Sénat américain s'interroge sur ce que coûte la réhabilitation du pays. Seule certitude : ce sera beaucoup plus cher que pour l'Allemagne et le Japon après 1945.

Le récent rapport consacré à l'analyse comparée des dépenses publiques américaines pour la reconstruction en Allemagne et au Japon d'une part, après la Seconde Guerre mondiale, et d'autre part en Irak depuis 2003, a de quoi alarmer le Congrès. Il donne la première évaluation sérieuse de ce que les Etats-Unis ont versé, en trois ans, au profit de l'Irak : 28,9 milliards de dollars d'aide (ce qui ne comprend pas le coût de la guerre et de l'occupation). En dollars constants, c'est l'équivalent de ce que reçut l'Allemagne (29,3 milliards) sur sept ans, et le double de ce qu'obtint le Japon (15,2 milliards) entre 1946 et 1952.

Les auteurs de l'étude reconnaissent que, dans le détail, l'analyse s'avère difficile, voire impossible. Les contextes diffèrent, les besoins et les modalités d'attribution des fonds aussi. En Allemagne et au Japon, l'aide fournie dans les premiers temps de l'Occupation fut essentiellement destinée à nourrir les populations, prévenir les épidémies et résoudre la crise humanitaire.

Ayant déclaré la guerre aux autres, les deux pays étaient condamnés à remettre leur économie d'aplomb par leurs propres moyens. Mais la donne changea à partir de 1949 et les débuts de la guerre froide. Le plan Marshall destiné à l'Europe de l'Ouest fixa comme nouvel objectif la reconstruction politique et économique. L’Allemagne reçut ainsi 9,3 milliards de dollars.

En Irak, en revanche, l'assistance humanitaire d'urgence n'a représenté qu'une part mineure des dépenses. Depuis trois ans, les efforts portent en priorité sur la mise en place d'un système démocratique. Cela a coûté 6,2 milliards de dollars. Ce choix est devenu, selon les rédacteurs du rapport, « l'objectif premier de l'aide américaine très tôt après le début de l'Occupation, puisque aucune cache d'armes chimiques ou biologiques ne fut découverte ».

Cet effort de reconstruction se heurte à l'insurrection d'une partie des communautés sunnite et chiite. Après trois ans de guerre civile, plus de 10 milliards de dollars d'aide américaine, soit un tiers du total, ont déjà été affectés au rétablissement de la sécurité. Un fonds pour les forces de sécurité irakiennes doté de 5,7 milliards a même été créé spécialement dans cet objectif. Ni l'Allemagne ni le Japon ne connurent une telle situation. « La taille du pays et de l'économie ainsi que le niveau de développement sont différents, rappelle l'étude. Et les infrastructures économiques à la fin de la guerre ne se trouvaient pas dans le même état. »

En définitive, indique le rapport, un seul domaine permet une comparaison pertinente entre les trois pays : les fonds destinés à la remise en marche et à la modernisation des infrastructures économiques. Selon cette analyse, Washington aurait déjà dépensé pour l'économie irakienne beaucoup plus que pour celles des vaincus de la Seconde Guerre mondiale : 11,5 milliards de dollars (40 % de l'aide totale), contre 9,3 milliards pour l'Allemagne, reçus dans le cadre du plan Marshall, et environ 5,2 milliards pour le Japon. « L’aide apportée à l’Allemagne et au Japon (...) avait pour but de permettre à ces pays de se redresser en grande partie par eux-mêmes. En Irak, les Etats-Unis fournissent une assistance matérielle, mais ils paient aussi la main-d'œuvre nécessaire. »

Les statistiques citées montrent qu'en 1946 le PIB par habitant des Etats-Unis était quatre fois supérieur à celui de l'Allemagne et six fois supérieur à celui du Japon. Sept ans plus tard, à l'issue du plan Marshall, les deux vaincus avaient retrouvé leur niveau d'avant-guerre.

Avec l'Irak, en revanche, le fossé est immense. Le PIB par habitant y était, en 2004, vingt fois inférieur à celui des Etats-Unis. Avant la guerre, déjà, la plupart des infrastructures, y compris dans le domaine industriel, étaient sévèrement endommagées. Par conséquent, « la population irakienne et la communauté internationale ont tendance à attendre des Etats - Unis qu’ils contribuent à la reconstruction de l'Irak davantage qu'ils ne contribuèrent à celles de l'Allemagne et du Japon. » Sans doute faut-il aussi ajouter que les Américains ayant commencé cette guerre, la morale voudrait qu'ils en assurent tous les coûts.

Christophe Plotard

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