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La génération JMJ n'a pas franchi le pas de la prêtrise. "Pas encore", espère l'Église...
C'est pour l'Eglise de France un douloureux paradoxe. Malgré la vitalité de la jeune génération catholique, la crise des vocations continue de s'aggraver.
Depuis dix ans, l’hémorragie s'est accélérée. Les prêtres ordonnés dans les années 1950 et 1960 (ils étaient alors plusieurs centaines par an) partent progressivement à la retraite. Ils ne sont remplacés que par cent à cent cinquante nouvelles recrues chaque année. Une fourchette stable depuis 1975, mais qui pourrait bientôt devenir caduque. Car, l'an dernier, seules quatre-vingt-dix nouvelles ordinations diocésaines ont été célébrées, soit un tiers de moins qu'en 2002. Et le nombre d'entrées au séminaire, lui aussi en chute libre, ne laisse espérer aucune amélioration.
Pour le père Jacques Anelli, coordonnateur du Service national des vocations (SNV), l'explication est simple : « Les jeunes aujourd'hui en âge de devenir prêtres sont les enfants de la génération Mai 68. Leurs parents ont fait table rase des valeurs qu'ils avaient eux-mêmes reçues, à l'époque, de leurs propres parents. »
Dans les monastères et les communautés religieuses, la situation s'avère pire encore. « Il y a surtout, poursuit le père Anelli, un effondrement de la vie apostolique féminine qui assurait le service des œuvres sociales, scolaires et hospitalières. Ces missions ont été reprises par l'Etat. »
Les raisons de la crise sont bien connues. Le manque de vocations est l'évidente conséquence d'une pratique religieuse en baisse. Dans les familles, notamment, la foi n'est plus transmise. Le monde paysan, qui autrefois fournissait le gros des troupes aux presbytères, a depuis longtemps été remplacé par une classe moyenne peu touchée par la chose religieuse. Les valeurs traditionnelles du christianisme - don de soi, esprit de pauvreté, chasteté - n'ont plus la cote. Pire, la vie consacrée et ses règles apparaissent aujourd'hui comme une entrave à l'épanouissement personnel.
Le plus étonnant, c'est que les jeunes catholiques eux-mêmes semblent de plus en plus réticents. «Pour devenir prêtre ou religieux, explique le père Anelli, il faut rompre par rapport au projet de vie qui s'impose à tout le monde. Face à cette décision, ils ne se sentent pas sûrs d'eux. »
« N'ayez pas peur ! », leur avait pourtant lancé Jean-Paul II dès son élection en 1978. Une exhortation qui avait fait tomber le communisme. Le matérialisme libéral serait-il donc insurmontable ? Jacques Anelli refuse de voir les choses sous cet angle. « Le XXe siècle a fait des personnes des sujets indépendants, ce qui est plutôt une bonne chose. Jean-Paul II, lui, a su aider les gens à redécouvrir qu'on est aussi sujet avec les autres. » Puis il ajoute, avec optimisme : « Il faut du temps pour que ce message produise du fruit. »
Christophe Plotard
Entretien, Père Alexandre Denis. "Prêtre, ce n'est pas la routine"
Prêtre à la paroisse Saint-Léon, à Paris, le père Alexandre Denis, 32 ans, a été ordonné en 2003.
Votre ordination était l'aboutissement d'un long parcours. Comment est née votre vocation ?
J'ai grandi dans une famille catholique pratiquante. Depuis tout petit, je suis sensible au religieux. Ce qui m'a vraiment porté, c'est le scoutisme. J'ai ressenti les premiers signes d'appel à 11 ans. En première, j'ai dit à mes parents que je voulais rentrer au séminaire, mais ils m'ont conseillé d'attendre un peu. C'est en fait pendant mon service militaire que la question est revenue en force. J'ai rencontré un prêtre qui m'a accompagné pendant six mois, et très rapidement j'ai rejoint le séminaire.
Comment vit-on un tel changement de vie ?
Pour moi, ce fut un choc. J'avais suivi des études d'illustration pendant quatre ans et parallèlement, j'étais magicien et je donnais des spectacles. Il fallait que je passe d'une vie d'étudiant à cent à l'heure à celle, très réglée, du séminaire. Je me suis rendu compte que ce n'était pas comme ça que je voyais les choses. J'ai alors rencontré d'autres prêtres des Missions étrangères de Paris (Mep). Leur vie correspondait exactement à l'idée que je me faisais du sacerdoce. Avec eux, j'ai pas mal voyagé en Asie.
Pourtant, aujourd'hui, vous exercez dans le diocèse de Paris...
J'ai un moment envisagé d'entrer aux Mep mais ça ne s'est pas fait. Finalement, je n'ai aucun regret. Il n'y a pas de routine, et puis il y a une vraie fraternité sacerdotale avec les autres prêtres de la maison. Ma vie est comme celle de n'importe qui : il y a des moments supers et des moments durs. Mais je suis heureux.
Propos recueillis par C.P.
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