Mobilier urbain

Design à tous les arrêts

Transport public | janvier 2006

Le tramway poursuit sa reconquête urbaine. L'occasion pour les villes d'inaugurer de nouveaux mobiliers urbains. Tour d'horizon des tendances 2006-2007.

L’Institut français du design attribuait déjà les Janus de l’Industrie, de l'Etudiant et de la Santé. Un label décerné aux produits ou projets qui, par leur ergonomie, permettent d'améliorer la vie de leurs utilisateurs.

En 2005, deux nouvelles catégories ont fait leur apparition, dont le Janus de la Cité, qui récompense les initiatives des collectivités en faveur du public. Le tout premier a été remis, au printemps, au Siturv (Syndicat intercommunal pour les transports urbains de la région de Valenciennes) et à l'agence And Partenaires, pour leur étude conjointe sur le design du mobilier urbain et des rames de la future ligne de tramway valenciennoise.

« Notre réflexion est partie du matériel roulant, explique Sylvie Deregnaucourt, directrice de la communication du Siturv, et nous l'avons étendue ensuite au mobilier urbain. Notre souhait, c'était notamment d'avoir des abris-trams clairs pour amener la lumière sur cette cité du Nord et faire de chaque station un véritable lieu de vie. »

Ce prix couronne donc les efforts d'une ville. Mais il consacre aussi le rôle primordial que joue l'esthétique dans les transports publics. Comme à Valenciennes, de nouvelles lignes de tramway vont être inaugurées dans plus d'une douzaine d'agglomérations françaises d'ici fin 2007. Ces projets ne se contentent pas de réorganiser les espaces. Ils introduisent dans le décor de nouveaux éléments, en particulier le mobilier urbain, qui doit lui aussi contribuer à l'image de marque d'une ville.

A Paris, les stations du futur tram des Maréchaux ont ainsi fait l'objet d'un important concours d'architecture, remporté par le cabinet Wilmotte, à qui l’on doit déjà le mobilier urbain des tramways d'Orléans et de Lyon (en association avec l'atelier Dumetier). « La ville et la RATP devaient toutes les deux se reconnaître dans le projet, commente Marc Dutoit, qui a conduit l'étude au sein du cabinet Wilmotte. La RATP souhaitait une continuité par rapport à l'existant, pour faire lire au voyageur qu'il est bien sur le réseau. Le cahier des charges de la ville, quant à lui, insistait sur la transparence. Il fallait qu 'il y ait une continuité visuelle de façade à façade. » Les fonds des stations ne comporteront donc aucun montant, les panneaux de verre étant liés les uns aux autres par des mâchoires en métal.

La transparence, voilà l'une des grandes tendances des collections 2006-2007. Dans toutes les villes, la priorité a été donnée aux espaces vitrés. « Mais la mode est aussi aux lignes droites, aux formes fluides et aux fuites vers le haut, avec des éléments qui sortent au-dessus des toits et s'élancent vers le ciel, analyse Claude Mouchard, en charge du développement chez Clear Channel France. L'abri tramway devient en quelque sorte un signal. »

C'est notamment le cas à Valenciennes, où les armatures portant les abris dessinent un "V" vertical. Mieux encore : à Clermont-Ferrand, où la première ligne de tram sera inaugurée en septembre 2006, les arrêts ont été conçus par l'architecte Jacques Dulieu comme de véritables repères urbains. Quatre mâts supportant les lignes aériennes de contact délimitent l'espace des stations à chacun de leurs coins, et les abris seront surmontés d'un "signal-totem" où figureront les informations de base : nom de la station, horloge, horaires et plan de quartier.

A Mulhouse, c'est même l'artiste Daniel Buren, rendu célèbre par ses fameuses colonnes de la cour du Palais Royal, qui a œuvré. Sur sa proposition, les stations de la ligne est-ouest seront surplombées à l'avant et à l’arrière d'arches de couleur symbolisant des portes d'entrée et de sortie pour les rames en circulation.

« Ces éléments monumentaux vont créer une continuité sur le tracé, estime Dominique Werner, responsable de la communication du projet tram au sein de Solea, le réseau des transports de l'agglomération mulhousienne. Mais à l'origine, nous n'avions pas prévu d'engager cette démarche de commande publique artistique. Nous avions davantage fait porter nos efforts sur les aménagements urbains et sur le design des rames que sur celui du mobilier. »

De fait, le matériel roulant reste le premier sujet de préoccupation des décideurs publics. La rame doit se voir, car elle demeure le vecteur principal de l'identité d'un réseau. Mais les villes tentent, la plupart du temps, de trouver l'équilibre. « La communauté urbaine de Mulhouse est une des premières agglomérations de taille moyenne à construire un tramway, reprend Dominique Werner. Pour des raisons financières, entre autres, nous ne voulions pas d'un mobilier urbain somptueux. Mais pas non plus d'un produit au rabais. »

Concilier modernité, sobriété et allure, c'est désormais le leitmotiv des collectivités publiques. A Nice, on a choisi la « modestie totale », selon Patrick Borderie, architecte responsable des aménagements urbains du futur tram d'agglomération. Mais pas la médiocrité. « Le tracé emprunte des axes parfois très étroits. Il a fallu s'adapter au terrain et aux attentes des riverains en limitant au maximum la quantité d'objets installés. »

« Globalement, on est revenu aujourd'hui à des choses plus justes et moins ostentatoires, estime Marc Dutoit, du cabinet Wilmotte. A Paris, par exemple, les abris seront grands et confortables, avec des assises en produits dérivés du bois, signe d'une plus grande attention accordée au voyageur. »

Même son de cloche au Mans, où la première ligne entrera en service en 2007. « On voulait quelque chose de simple mais d'élégant », commente Michel Val, chargé de mission au Mans Métropole. Un design de référence a été élaboré par l'architecte Sovann Kim et joint au dossier d'appel d'offres, les candidats à l'obtention du marché étant invités à s'en inspirer.

Cette collaboration entre designers et prestataires est d'ailleurs devenue la règle. Toutes les collectivités s'adjoignent les services d'un architecte. Mais toutes ne lui confient pas les mêmes missions. Lorsque le fabricant ne dispose pas en interne d'un cabinet de design, le professionnel choisi par la ville ou l'agglomération élabore entièrement le modèle. « A Bordeaux, par exemple, nous avons fourni les abris-trams dessinés par Elisabeth de Port-zamparc, se souvient Christian Desautard, PDG de MDO France Mobilier. A chacun son métier. Notre rôle est de dire combien ça coûte. »

JC Decaux ou Clear Channel, en revanche, ont choisi de travailler directement avec des designers, dont certaines grandes signatures internationales. L'architecte recruté par le maître d'oeuvre vient alors prodiguer ses conseils et aider à la décision. « En réalité, nous n'avons pas de produit catalogue pour les stations de tramway, commente Claude Mouchard, de Clear Channel France. Les collectivités veulent toutes des créations originales et elles ont bien raison compte tenu de l'investissement que cela représente. »

En France, toutes les agglomérations jusqu'à présent dotées d'un tram ont créé un mobilier urbain unique. La cuvée 2006-2007 devrait confirmer la tendance.

Christophe Plotard

RECHERCHE