Télévision. Le nouveau canal de la chaîne française internationale
France 24 passe à l'arabe

Le top départ a été donné avec plusieurs mois d'avance sur les prévisions initiales. France 24 a officiellement ouvert son canal en langue arabe le lundi 2 avril, après un mois de fonctionnement "à blanc", en conditions réelles. Le lancement de ses deux premières versions, en français et en anglais, avait été fait le 6 décembre dernier. La jeune chaîne française d'information internationale est désormais trilingue.
Les résultats très satisfaisants des quatre premiers mois d'existence ont encouragé ce lancement. Plusieurs enquêtes parues en janvier ont montré que le public est déjà au rendez-vous, en particulier chez les décideurs et les acteurs sociaux influents, cible prioritaire de la chaîne. Côté rédaction, la période de rodage s'est déroulée sans accrocs. Toutes les conditions étaient donc réunies pour passer à la vitesse supérieure.
La montée en puissance du canal arabophone se fera cependant progressivement. Pour l'instant, un seul créneau de quatre heures quotidiennes est réservé, entre 16 et 20 heures (heure de Paris). Le reste du temps, les téléspectateurs auront droit aux programmes de la version anglophone. « L'objectif est de passer rapidement à six heures puis à douze heures par jour d'ici à la fin de l'année », annonce Agnès Levallois, directrice adjointe de la rédaction, en charge des contenus arabophones.
Ce lancement est surtout un signal fort à destination des populations arabophones. Le choix d'accorder le troisième canal à l'arabe avait été décidé dès la conception de France 24, la version espagnole n'étant prévue que dans un quatrième temps. « Nous avons des liens très forts avec le monde arabo-musulman, explique Agnès Levallois. Il y avait une attente de ces téléspectateurs. Ils se disent lassés d'être coincés entre, d'un côté, l'information de CNN ou de la BBC, et, de l'autre, celle d'Al-Jazira. Bien sûr, certains d'entre eux comprennent le français ou l'anglais, mais le fait de diffuser en arabe crée une plus grande proximité. »
France 24 est la première télévision occidentale à émettre dans cette langue, à l'exception de l'américaine Al-Hurra, créée en 2004 et financée directement par Washington. La chaîne française est accessible par satellite à l'ensemble des populations arabophones d'Europe, d'Afrique du Nord et du Moyen-Orient. Du Maroc, à l'ouest, au sultanat d'Oman, à l'est, le canal diffuse simultanément sur cinq fuseaux horaires. Les dirigeants de la chaîne y ont mené tambour battant une campagne de promotion en ciblant quatre capitales clés : Casablanca, Alger, Le Caire et Dubai.
C'est aussi dans ces régions qu'ont été recrutés la plupart des journalistes. Tous ont dû faire preuve non seulement d'indéniables qualités journalistiques, mais aussi d'une parfaite maîtrise de la langue arabe classique, qui est celle utilisée à l'antenne, et d'une très bonne connaissance de la France. Vingt-deux postulants ont été retenus, originaires d'une dizaine d'États, de l'Algérie à l'Arabie Saoudite, en passant par l'Egypte et même l'Irak.
À l'antenne, trois présentateurs incarneront cette version arabe, dont deux Tunisiens : Taoufik Mjaied — vingt ans de journalisme, dont six à RMC Moyen-Orient, qui apporte son expérience et un riche carnet d'adresses — et Hakim Beltifa, 29 ans, passé par plusieurs télévisions du monde arabe. Aziza Nait Sibaha, jeune trilingue de 30 ans, a commencé sa carrière il y a neuf ans au Maroc. Elle sera le visage féminin du canal.
L'actualité de ces pays occupera-t-elle pour autant une place particulière ? Pas plus que sur les deux autres canaux, assure-t-on à la rédaction. « Nous ne proposons pas une chaîne arabe d'information, mais la version arabe d'une chaîne française d'information », confirme Agnès Levallois. Au programme, un journal de dix minutes toutes les demi-heures et des rendez-vous calqués sur ceux des versions francophone et anglophone.
Les langues sont différentes, mais les contenus et les images doivent rester identiques. C'est ce qui constitue le projet même de la chaîne : fournir à tous les téléspectateurs, partout dans le monde, un seul et même « regard français sur l'actualité ». Mais le public, lui, est majoritairement étranger. Et 90 % des informations délivrées ne concernent pas la France.
Christophe Plotard
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