Hooliganisme

Le PSG otage de la violence

Valeurs actuelles | 10 mars 2006

Rien ne va plus au PSG. Les affrontements entre supporters empirent de manière dramatique. Les "mesures Sarkozy" seront-elles efficaces ?

Le match nul (0-0) concédé dimanche dernier au Parc des Princes par l'équipe réserve de l'Olympique de Marseille face aux joueurs titulaires du Paris Saint-Germain aura eu au moins un mérite : recentrer, pour un temps, l'attention du public sur les résultats sportifs du club. Le score aurait-il aussi sonné les supporters ? Aucun incident sérieux, en tout cas, n'a perturbé la rencontre, même si les forces de l'ordre ont procédé à plus d'une centaine d'interpellations, principalement avant le coup d'envoi.

Il faut dire que les événements du week-end précédent ont laissé des traces. Le 26 février, de retour d'un match à Nantes, déjà émaillé d'incidents, deux groupes de Parisiens s'affrontent très violemment dans une station-service de l'autoroute A11. Trois jours plus tard, Nicolas Sarkozy annonce qu'il prépare un nouveau projet de loi en vue de dissoudre certaines associations de supporters. Dans le collimateur du ministre de l'Intérieur il y a surtout deux des principaux groupes "ultras" du Parc des Princes : les "Tigris Mystic" et les "Boulogne Boys". Les premiers, autour de quatre cents membres, proviennent de la tribune Auteuil connue pour abriter un public plutôt black-blanc-beur. Les seconds, environ six cents adhérents, appartiennent au "kop" opposé, celui de Boulogne, réputé à tendance nationaliste.

Depuis septembre 2005, ils se livrent une lutte sans merci, bien au-delà de ce que le football français connaît habituellement.

Mais la violence dépasse en réalité le cadre de ce seul conflit. Le Parc des Princes tout entier est une Cocotte-Minute sous pression. « Il faut globalement distinguer les ultras des hooligans, explique Nicolas Hourcade, sociologue spécialiste du "supportérisme". Les hooligans sont des bandes informelles - d'où le terme qu'ils se donnent d'indépendants - et centrées sur la violence. » Au PSG, ils sont majoritairement massés côté Boulogne et c'est dans leurs rangs que s'invitent les adeptes du salut nazi. « Les ultras, en revanche, sont rassemblés en associations. Leur logique est avant tout de soutenir l'équipe, de créer de l'ambiance. Mais en même temps ils veulent prouver qu'ils sont les meilleurs supporters et n'hésitent pas, s'il le faut, à utiliser la violence. » A ce petit jeu, certains finissent aussi par tomber dans le hooliganisme dur, preuve que les frontières sont loin d'être imperméables entre ces groupes.

Les mesures préconisées par Nicolas Sarkozy vont-elles suffire à enrayer durablement la crise ? Beaucoup en doutent. « La dissolution des groupes de supporters ne ramènera pas le calme, au contraire, affirme un responsable des Boulogne Boys. Les membres de l'association continueront à venir au stade mais ils ne seront plus sous contrôle. »

Les "ultras" dans le collimateur du ministre

Le ministre de l'Intérieur a également promis l'application, avant la fin du mois de mars, des dispositions législatives votées fin 2005 permettant d'interdire aux fauteurs de troubles l'entrée dans les stades. Crédible ? « Pour l'instant, pas vraiment, répond Nicolas Hourcade. Il y a deux ou trois ans déjà, il avait annoncé les mêmes choses sans les appliquer. Le gros problème, c'est qu'on n'est pas toujours capable, une fois qu'on a arrêté des types lors d'une bagarre ou d'un acte raciste, d'appliquer les sanctions. »

La faute au club, répliquent les forces de l'ordre. Les interdictions de stade existent déjà mais, selon Patrick Mauduit, conseiller technique au syndicat de police Synergie, « le club continue de laisser rentrer les éléments violents, c'est bon pour les caisses et le spectacle. C'est aux dirigeants de prendre leurs responsabilités. Exemple : les fumigènes interdits que l'on retrouve pourtant dans les enceintes, malgré les fouilles à l'entrée du stade. On se doute bien qu'ils sont introduits avant le match, lorsqu'on autorise quelques supporters à venir installer les banderoles, et les stadiers connaissent parfaitement ces personnes. Ce qu'il faut, ce sont des mesures radicales : prononcer des interdictions définitives de stade et s'en prendre aux finances du club. »

Une fermeté que le PSG a appliquée l'an dernier. Avant de céder, sous la pression du public. Aujourd'hui, il se dit « pris en otage ».

Christophe Plotard

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