Attractivité

L'Espagne drague les investisseurs étrangers

Commerce international | juillet-août 2008

L’ancien nain économique, devenu grande puissance, veut se développer sur le marché des technologies à forte valeur ajoutée. Une transition devenue indispensable.

Coup de froid sur l’économie espagnole. Le pays, jusqu’à présent l’un des plus prospères d’Europe, connaît aujourd’hui un sérieux ralentissement. En cause, la chute des marchés de l’immobilier et du BTP, moteurs de la croissance pendant une décennie. Pour la première fois depuis 1996, la hausse du PIB devrait être inférieure à 2,5 % en 2008 contre 3,8 % l’an dernier.

Entrée dans la CEE en 1986 avec de sérieux retards de développement, l’Espagne est devenue en vingt ans la neuvième puissance économique mondiale grâce à sa main-d’œuvre bon marché, à l’essor spectaculaire du tourisme et, depuis 2000, au boom de l’immobilier. Mais ce modèle est désormais en train de se fissurer contraignant l’économie ibérique à accélérer sa transition.

L’évolution des investissements étrangers dans le pays illustre parfaitement cette mutation. « Nous devons passer d’une attractivité basée sur nos faibles coûts à une attractivité basée sur notre valeur ajoutée, aussi bien en termes de formation que de R&D et de services de pointe », explique Begoña Cristeto, directrice déléguée d’Interes – Invest in Spain, l’agence publique de promotion des investissements étrangers en Espagne. Objectif : placer le pays au cœur des enjeux économiques du XXIe siècle.

Energies renouvelables

Premier secteur prioritaire, les énergies renouvelables. Dans le domaine de l’éolien, le développement est fulgurant. Deuxième plus gros producteur mondial d’énergie éolienne derrière l’Allemagne, le pays a même battu un record en 2007, augmentant sa capacité de production comme jamais aucun pays Européen ne l’avait fait au cours d’une seule année. Et la puissance installée devrait encore doubler d’ici 2016.

Le danois Vestas, n°1 de la production de pales, est d’ailleurs en train de bâtir une usine de 75 millions d’euros au centre du pays, tandis que le Français Theolia prévoit d’investir 70 millions dans la construction d’un parc éolien en Andalousie. A terme, l’Espagne veut devenir le spécialiste incontesté du secteur, y compris sur le terrain de la recherche scientifique et de l’innovation technologique.

Idem sur le créneau du solaire photovoltaïque, où l’Espagne se classe 4e producteur mondial. Le groupe émirati Aldar, allié à l’espagnol Sener, a annoncé en mars qu’il comptait dépenser deux milliards d’euros sur quatre ans pour la construction de plusieurs centrales. Plus fou encore, en 2013, Séville possèdera la plus grande plateforme de production de la planète, déjà partiellement en fonctionnement depuis l’an dernier. Et non loin de là, l’Allemand Schott vient d’inaugurer, fin mai, sa nouvelle usine de production de tubes récepteurs solaires, construite pour 40 millions d’euros.

Projet d’une « Malaga valley »

Mais dans cette vaste région autonome du sud, un autre projet suscite encore plus d’intérêt : « Malaga Valley », dont les promoteurs espèrent faire le plus grand centre européen de recherche et d’innovation consacré aux technologies de l’information et de la communication.

Ce marché connaît dans le pays une très forte croissance depuis 2002. A Malaga, le parc technologique créé en 1992 est lui-même en plein essor. Fin mai, le géant chinois des télécoms Huawey y a inauguré son centre mondial d’assistance en langue espagnole. En février, l’américain Oracle, spécialiste des logiciels, avait lui aussi ouvert une plateforme de consulting pour l’Europe de l’ouest. Et des poids lourds tels que Nokia, France Télécom, IBM ou Yahoo soutiennent officiellement le projet.

Troisième marché sur lequel le pays fait porter son effort, les biotechnologies connaissent elles-aussi un développement spectaculaire. Entre 2000 et 2006, le nombre d’entreprises a augmenté de 166%, le chiffre d’affaires de 200% et le nombre d’employés de 750%. Les pouvoirs publics ont défini, dans ce domaine, une ambitieuse stratégie de clusters et pôles de compétitivités régionaux : « Plan Biobask 2010 » au Pays Basque, « BioRegió » en Catalogne (région qui dispose déjà du « European Observatory for biotechnology », centre de référence en Europe pour l’information biotechnologique), ou encore « Madrid Bioscience Region ». Séville, quant à elle, accueille le siège du « Réseau européen des cellules souches ».

Mais d’autres secteurs sont également dans le viseur des autorités espagnoles. Le marché de la désalinisation d’eau de mer, dont le pays est un champion, offre de larges perspectives dans les prochaines décennies. Dans l’aéronautique aussi, l’Espagne s’est fait une spécialité de la production de matériaux composites. Un savoir-faire dont profitera l’américain Hexcel, qui vient d’inaugurer, le 29 mai, une usine de fabrication de fibres de carbone à deux pas des installations d’Airbus.

Reste que l’Espagne, pour réussir sa mutation économique, devra relever le défi de la recherche et du développement. En 2006, selon les chiffres d’Eurostat, le pays n’a consacré qu’1,16% de son PIB à la R&D, contre 1,84% en moyenne dans l’Europe des 27. Encore très loin, donc, de l’objectif fixé par l’UE : atteindre 3% en 2010.

Christophe Plotard

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