De Vulcania à Disneyland

L’irrésistible attraction des parcs de loisirs

Valeurs actuelles | 15 août 2003

Nouveaux projets, extension des sites existants : les parcs français, qu'ils soient historiques, thématiques ou d'attractions, fourmillent d'idées. L’été 2003 offre aux vacanciers un carrousel de nouveautés.

Les difficultés financières de Disneyland Paris seraient-elles l'arbre qui cache la forêt ? Entre 1987 et 2002, la fréquentation des parcs de loisirs français est passée de un million à trente-quatre millions de visiteurs ! Et l'été 2003 pourrait pulvériser les prévisions les plus optimistes.

Même si l'engouement du public peut paraître moins flagrant qu'ailleurs, la France est de loin le pays d'Europe qui compte le plus grand nombre de ces parcs : 173, selon le secrétariat d'Etat au Tourisme. Tous n'ont pas la même vocation, ni le même intérêt, et le secteur est en perpétuelle évolution.

La saison 2002 restera dans les annales. A un mois d'intervalle, deux des plus grandes réalisations de ces dernières années ont ouvert leurs portes : Vulcania le 20 février, Walt Disney Studios le 16 mars. Ce sont les dernières en date, puisque aucun nouveau parc n'a été inauguré en 2003.

La première, située à quelques kilomètres de Clermont-Ferrand, dans le Puy-de-Dôme, est ce que l'on appelle un site scientifique, axé avant tout sur la connaissance. Parc européen du volcanisme, Vulcania est d'abord une formidable construction, idéalement nichée en bordure de la chaîne des Puys, aux trois quarts souterraine, et dans laquelle on pénètre par un cratère profond de trente-huit mètres. Projet phare de Valéry Giscard d'Estaing, Vulcania a coûté 109 millions d'euros au lieu des 35 prévus, mais le succès est au rendez-vous : 500 000 visiteurs étaient attendus en 2002 ; 628 000 sont venus. Et la "Vulcamania" semble vouloir durer : le seuil du millionième visiteur vient d'être franchi, avec plus de six mois d'avance sur les estimations initiales.

Pour continuer sur cette lancée, les responsables du parc savent qu'ils devront faire évoluer les animations pour que le public revienne régulièrement. Selon le Snelac (Syndicat national des espaces de loisirs, d'attractions et culturels), la fréquence idéale de renouvellement est de trois ans et demi.

Aux Walt Disney Studios, deuxième tranche de Marne-la-Vallée après Disneyland Paris, on n'a pas voulu attendre. De nouvelles attractions sont déjà à l'étude.

L'attraction la plus rapide jamais conçue

Il faut dire que le bilan de la première année d'exploitation du parc, consacré au cinéma et aux effets spéciaux, n'est pas excellent. Ce qui a déçu les visiteurs, c'est surtout le manque d'atmosphère. L’entrée des Studios par un hall reconstituant un somptueux décor de rue plonge le public dans l'univers d'un Hollywood mythique, mais l'illusion est de courte durée : le reste du parc ne brille pas par sa scénographie.

Côté attractions, le bilan est un peu meilleur. La plupart méritent le détour, en particulier Moteurs... action!, un remarquable spectacle de cascadeurs ; Rock'n Roll Coaster, la plus rapide attraction jamais conçue pour un parc à thème Disney ; et Ciném3gique, un show cinématographique qui a obtenu le prix de la meilleure réalisation 2003 aux THEA Awards, qui récompensent au niveau mondial les plus grands projets menés dans les parcs de loisirs.

Mais la liste des attractions est encore réduite : neuf seulement, alors que le prix d'entrée est de 39 euros en haute saison, soit le même tarif qu'une journée dans le parc Disneyland, qui compte quarante-trois attractions. Comme à son habitude, le groupe Disney garde secrets ses projets de nouveautés. Mais les rumeurs vont bon train dans le petit monde des parcs : l'une, particulièrement répandue ces derniers mois, annonce pour 2005 ou 2006 l'apparition d'une tour de la Terreur, un hôtel hanté que le spectateur traverserait à bord d'un engin à grande vitesse.

Moins médiatique, l'ouverture de la Cité de la mer, à Cherbourg, le 29 avril 2002, a été le troisième grand événement de l'année passée, et le plus récent. Axé sur l'aventure et la recherche des hommes sous la mer, à travers une double approche ludique et pédagogique, le site normand, construit dans l'ancienne gare maritime transatlantique de Cherbourg, a reçu dès la première saison près de 400 000 visiteurs, soit deux fois plus que prévu. Star du parc et fierté des chantiers navals cherbourgeois, le sous-marin nucléaire Redoutable, premier de la flotte française, est le plus grand submersible visitable au monde. Pendant trois quarts d'heure, les visiteurs plongent dans l'univers, jadis secret, d'une patrouille en mer. Du poste de pilotage aux torpilles, presque rien n'a changé. L'illusion est parfaite.

Autre exclusivité de la Cité de la mer, l'Aquarium abyssal, une imposante fosse cylindrique, la plus haute d'Europe, mesurant près de onze mètres de profondeur et presque autant de diamètre : 350 000 litres d'eau dans lesquels évoluent plusieurs milliers d'animaux marins.

Ces parcs récents, parce qu'ils introduisent de la nouveauté dans un secteur qui en raffole, concentrent souvent l'intérêt, du moins dans un premier temps. Mais l'enjeu est de durer, et, mieux, de croître. Certains ont réussi : petits hier, ils jouent maintenant dans la cour des grands. Ces parcs qui montent et deviennent des classiques sont nés pour la plupart de l'imagination et de l'audace d'aventuriers.

Philippe de Villiers est l'un d'eux. En juin 1978, il créait la cinéscénie du Puy-du-Fou, un somptueux spectacle racontant l'histoire de la Vendée. Aujourd'hui, il a largement gagné son pari. En vingt-cinq ans, le nombre de spectateurs est passé de 82 000 à 375 000 par an. Mieux : le Grand Parc, ouvert en 1989 sur le thème de l'histoire de France, a vu sa fréquentation croître de 85 000 visiteurs la première saison à 730 000 en 2002.

Au Puy-du-Fou, pourtant, il n'y a aucune attraction, seulement des décors et des spectacles. Mais le parc est devenu une référence en la matière. Tour à tour on admire d'antiques jeux du cirque au Stadium gallo-romain, on revit la bataille du Donjon pendant la guerre de Cent Ans, on tremble à l'attaque du fort de l'An mil par les Vikings, et on s'accroche à son chapeau au passage des rapaces du bal des Oiseaux fantômes.

Cité lacustre préhistorique et bourg 1900

Forte de son succès, la direction du Puy-du Fou réfléchit déjà aux vingt ans à venir et annonce un ambitieux programme de nouveautés : construction d'un bourg 1900 pour la saison prochaine ; ouverture, l'année suivante, d'un grand manège équestre du XVIIe siècle devant accueillir un cinquième spectacle, intitulé les Mousquetaires de Richelieu ; création, enfin, d'une cité lacustre de l'époque préhistorique, au plus tard en 2007. Cette année, le parc a déjà investi plus de 5 millions d'euros, dont une partie pour une nouvelle cinéscénie, la première n'ayant jamais été remplacée.

Dans un tout autre style, Nigloland lance l'une des phases les plus importantes de son développement. Le parc aubois, situé à Dolancourt, à quarante-cinq kilomètres de Troyes, sera l'an prochain le quatrième de France à disposer d'un équipement hôtelier. « Beaucoup de nos clients nous échappent car nous sommes éloignés des grands centres urbains, explique Patrice Gélis, cofondateur du site. Nous devons leur proposer une halte agréable. »

Créé en 1987, Nigloland, parc d'attractions au sens premier du terme, a quintuplé sa fréquentation en seize ans et devrait passer le cap symbolique de 500 000 visiteurs en 2003. Avec l’Hôtel des Pirates, dont les travaux viennent de commencer, il espère atteindre 650 000 entrées en 2010 en proposant mille lits. Au printemps prochain, seules les trente premières chambres seront ouvertes, mais leurs occupants pourront déjà profiter d'une « structure de restauration et d'accueil complète ». Reste à remplir les chambres. La direction du parc a sa recette : la qualité et le soin du détail.

« Nous n'aimons pas proposer une prestation moyenne, plaide Patrice Gélis. Nous voulons vendre du rêve, pas du carton-pâte. » Résultat : une trentaine d'attractions, dont plusieurs rivalisent avec celles des plus grands parcs. La dernière en date est le Bat Coaster, premier grand 8 suspendu de France, installé en 2002. Une nouvelle surprise de taille est envisagée pour 2005 ou 2006, qui pourrait mélanger parcours sur rails et parcours dans l'eau. A condition que l'hôtel soit rentable.

Au Snelac, on ne cesse de le répéter, « monter un parc de loisirs, c'est un métier ». Malheureusement, certains se lancent dans l'aventure sans grande expérience.

Patrick de Saint-Simon, lui, pense avoir les qualités requises. Avec son équipe, il s'est lancé, depuis deux ans, dans un projet monumental. Son rêve ? construire un parc consacré au monde des agents secrets : Spyland.

Sur le papier, le complexe doit à terme comporter cinq "mondes", représentant chacun un des hauts lieux de l'espionnage mondial (l'Italie, la Russie, l'Asie, le Royaume-Uni et la France), et un complexe hôtelier. Il faudra débourser pour cela 124 millions d'euros. Il y a quelques semaines encore, les promoteurs parlaient d'une ouverture en 2005. Ils disposaient même d'un terrain de cent hectares idéalement placé, à Meyrargues, au nord d'Aix-en-Provence, avec pour atouts principaux le soleil et le passage de plusieurs millions de touristes chaque année.

Une dizaine de projets à l'horizon 2010

C'était compter sans l'hostilité des organisations syndicales agricoles, qui ont pesé de tout leur poids sur les élus locaux pour bloquer le projet. « Aujourd'hui, nous cherchons une alternative pour nous implanter dans d'autres régions, voire à l'étranger, affirme Patrick de Saint-Simon. Nous prospectons notamment entre Orange et Valence, à proximité de l’A6. Nous pourrions alors augmenter largement notre fréquentation potentielle et envisager un million et demi de visiteurs par an. »

Près de Carcassonne, certains espèrent faire encore mieux : deux millions et demi d'entrées avec un grand parc médiéval, terminé... en 20l2. Des projets de ce genre, il en existe une dizaine en France, dont un parc consacré au cinéma à La Plaine-Saint-Denis, près de Paris, fruit de l'imagination de Luc Besson ; deux sites consacrés à l'aéronautique, à Mérignac, dans la banlieue de Bordeaux, et à Toulouse, en complément de la Cité de l'espace ; un parc du végétal près d'Angers, dans le Maine-et-Loire, dont le sort devrait être scellé dans un an, ou encore un parc sur les pays d'Europe, en région Champagne-Ardenne.

Beaucoup d'idées, donc. II leur reste, pour qu'elles puissent nous émerveiller un jour, à passer du rêve à la réalité. Ce n'est pas le plus facile.

Christophe Plotard

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