Parcs d'attractions
Les Emirats à plein régime
Tandis que Dubaï se rêve en future Orlando du Moyen-Orient, Abu-Dhabi veut aussi profiter de l’industrie des parcs à thème. Les Emirats voient-ils trop grand ?
Même les habitués des sensations fortes doivent en avoir le tournis. La liste des projets de parcs à thèmes aux Emirats Arabes Unis n’en finit plus de s’allonger. Le rythme des annonces s’est même accéléré ces derniers mois. Dreamworks en janvier, Busch en février, Six Flags et Marvel en mars, Merlin en mai ont, à leur tour, fait part de leur intention de s’implanter à Dubaï. Des géants des loisirs et des médias qui cèdent, l’un après l’autre, à ce qui ressemble désormais à une véritable frénésie.
Le moteur principal de cette dynamique s’appelle Dubaïland. Un projet titanesque de 64 milliards de dollars, lancé en grande pompe en 2003 et dont l’objectif est de créer, d’ici 2020-2025, le nouvel eldorado mondial des parcs à thèmes. Ses concepteurs affirment même vouloir surpasser en taille Orlando, en Floride. Bâti sur 279 km² de désert, à quelques encablures au sud de Dubaï, cet immense complexe entièrement dédié au tourisme, aux loisirs et au divertissement, doit donc accueillir infrastructures sportives, gigantesques centres commerciaux, espaces culturels et muséums, hôtels et resorts de luxe, zones résidentielles et, surtout, plusieurs dizaines de parcs d’attractions.
Cinq ans après son lancement, cette véritable ville dans la ville commence, comme promis, à sortir de terre. Malgré de sérieux retards, ses administrateurs continuent d’assurer que la première phase s’achèvera, conformément aux prévisions, en décembre 2010, avec l’inauguration d’Universal City. Un resort de 200 hectares présenté comme l’une des têtes de pont de Dubaïland. Moyennant 2,2 milliards de dollars, il comportera un parc Universal Studios, 4000 chambres d’hôtels et une centaine de restaurants, pour une fréquentation espérée de 5 millions de visiteurs par an.
Mais Universal ne sera pas le premier à ouvrir ses portes. Deux autres parcs majeurs sont déjà en construction, dont Aqua Dunya, qui constituera la principale destination aquatique de Dubaïland, avec 36 attractions réparties sur 74 hectares. Le complexe, déjà célèbre pour son futur « Desert Pearl », le plus grand navire thématisé du monde, qui abritera un hôtel de 400 chambres, coûtera 1,8 milliards de dollars et devrait entrer en service d’ici 2010. A terme, trois millions de visiteurs annuels sont attendus.
Les inaugurations devraient ensuite s’enchaîner au rythme de deux par an. En tout cas si l’on se fie aux promesses des candidats à l’installation. Six Flags, qui annonçait début mai avoir finalisé son masterplan, prévoit d’ouvrir 30 attractions d’ici 2011 sur 46 hectares de terrain. Fréquentation espérée : 3 millions d’entrées. La même année, Merlin Entertainement, propriétaire de la licence Legoland, table sur le lancement d’un parc pour enfants de 40 attractions et spectacles sur 28 hectares, susceptible d’attirer 2,5 millions de visiteurs par an.
En 2012, Marvel doit à son tour ouvrir une destination consacrée aux super-héros. Le groupe américain, connu pour ses célèbres personnages de BD dont Spiderman, les X-Men ou Hulk, vient lui-aussi de terminer son plan d’aménagement. Un milliard de dollars seront nécessaires pour ce parc de 42 hectares et 17 attractions.
Mais cette fièvre constructrice dépasse désormais les frontières de Dubaïland. Busch Entertainment, qui détient notamment les parcs américains SeaWorld, projette un resort géant à la pointe de Palm Island, l’île palmier artificielle développée au large de Dubaï.
Baptisé Worlds of Discovery, le complexe comprendrait, à terme, quatre entités, dont un Busch Gardens de 38 hectares, un SeaWorld de 36 hectares, ainsi que deux parcs marin et aquatique. Le projet, qui nécessitera la création d’une île complète, en forme d’orque, n’est pas encore chiffré, mais son ouverture est annoncée pour 2012. Difficile à croire.
Un bassin de population limité
150 km plus au sud, Abu Dhabi se lance aussi dans l’aventure. MGM veut y créer une destination de loisirs et de divertissements, mais sans parc à thème. Warner Bros y construit des cinémas multiplex sur l’île artificielle de Yas Island. Ce sont, promettent les studios américains, les prémisses d’un futur parc consacré au cinéma qu’ils comptent inaugurer en 2010 et grâce auquel ils espèrent attirer 5 millions de personnes par an.
Mais là encore, les ambitions semblent hors d’atteinte. A l’évidence, les Emirats se sont lancés dans une course en avant à la limite du rationnel. « C’est un énorme pari sur l’avenir, analyse Eric de Bettignies, directeur général du cabinet de conseil français Advancy, l’une des références en Europe en terme d’expertise dans l’industrie des parcs à thème. Avoir plusieurs parcs au même endroit est plutôt un atout, car cela crée une destination complète. Mais au minimum, les parcs de Dubaïland auront besoin de trois millions de visiteurs annuels. S’il s’en construit une vingtaine, il faut donc 60 millions d’entrées. En envisageant une durée moyenne de séjour de quatre journées, cela représente 15 millions de personnes différentes par an. »
Avec seulement quatre millions d’habitants, les Emirats n’offrent qu’un réservoir très limité de clients. Le succès dépendra donc quasi exclusivement des touristes étrangers. Mais, alors que plus de sept millions d’entre eux sont attendus en 2008, le seuil des quinze millions ne devrait pas être atteint, selon les prévisions, avant... 2015. Et tous ces visiteurs, à l’évidence, ne fréquenteront pas les parcs. « En partant sur l’hypothèse d’un taux de capture de 50%, il faudra au moins 30 millions de touristes sur la destination pour que Dubaïland tourne à plein régime », conclue Eric de Bettignies. Un chiffre inaccessible à court ou moyen terme.
On comprend donc mieux pourquoi nombre de projets peinent à démarrer, voire tombent aux oubliettes. « Le principal problème est celui du financement, commente Sylvie Hoghoughi, du cabinet de consulting Eremco, spécialiste de l’ingénierie de loisirs et très implanté à Dubaï. Les investisseurs locaux ont de l’argent mais ne veulent pas prendre de risques car les business plan sont très difficiles à établir. Personne ne connaît le retour sur investissement. »
Les exemples de projets abandonnés ou mis en sommeil forment donc une liste au moins aussi longue que celle des plus sérieux. Legends Dubaïland, un complexe qui devait comporter, d’ici 2013, trois parcs indoor construits au cœur d’un vaste ensemble immobilier, vient d’être retiré. Avant lui, les français de Spyland avaient déjà du renoncer. « Les autorités locales, n’arrivant pas à fournir en temps voulu les infrastructures de base nécessaires au lancement des travaux, ont gelé le projet », explique Patrick de Saint-Simon, qui en est l’un des concepteurs. Le service communication, quant à lui, affirme qu’une implantation serait toujours à l’étude.
Spéculation immobilière
D’autres, sans avoir été officiellement supprimés, semblent néanmoins sortis de la circulation. Le gigantesque projet de Falcon City, par exemple, où seront reproduites en taille réduite certains célèbres monuments comme la Tour Eiffel, le Taj Mahal ou les Pyramides d’Egypte, avait un temps inclus un parc consacré aux pharaons et à l’Antiquité, aujourd’hui supprimé du masterplan. Idem pour l’ambitieux Wow Rak, dans l’émirat de Ras al Khaimah, au nord de Dubaï, dont la première pierre avait été posée devant caméras et journalistes en 2006. Le projet, censé être toujours en construction, prévoyait l’ouverture de deux parcs capables d’accueillir jusqu’à 15 000 personnes par jour.
Même certains projets portés par de grands noms du secteur semblent en suspens. Celui de Paramount à Dubaïland, annoncé en octobre 2007 (alors que la branche parcs de loisirs du groupe a été rachetée en 2006 par Cedar Fair), n’est encore qu’une ébauche, tout comme ceux de Dreamworks ou de la télévision américaine pour enfants Nickelodeon, qui avait dévoilé ses intentions en mai 2007. Même Universal, qui doit ouvrir en 2010, n’aurait pas encore bouclé son tour de table financier. Quant au projet, présenté début mai, de parc Freej, du nom d’un dessin animé à succès du Moyen-Orient, qui ambitionne deux millions de visiteurs, aucune date d’ouverture n’a été communiquée.
Devant autant d’incertitudes, comment expliquer que la file des candidats continue de s’allonger ? « Il y a une forte spéculation immobilière, répond Sylvie Hoghoughi. Certains achètent des terrains dans Dubaïland pour les revendre ensuite. Surtout, les projets de parcs permettent de justifier de nouveaux programmes de construction. Ils ne sont, en définitive, destinés qu’à remplir les hôtels et les logements. »
En première ligne parmi les investisseurs, on retrouve donc les plus gros groupes immobiliers et de BTP des Emirats : Nakheel, Aldar, Ruwaad et surtout Tatweer, promoteur de Dubaïland. « Les grands opérateurs occidentaux prennent très peu de risques, explique Eric de Bettignies. Le système est proche de celui des management contracts. Les parcs sont financés par des investisseurs locaux, tandis que le management est assuré par les marques, qui empochent des royalties. Elles ont donc toutes les raisons d’y aller. Les investisseurs, en revanche, ne peuvent pas espérer miser sur le court terme. Ils finiront par gagner de l’argent dans 15 ou 20 ans. »
En attendant, les Emirats sont donc encore loin d’être la nouvelle Mecque du genre. Peuvent-ils d’ailleurs le devenir sans la présence du maître du secteur, Disney ? Pour l’instant, les studios américains ne se sont pas manifestés. Raisons de l’absence ? « Je me pose la même question », répond Eric de Bettignies. Et si Mickey était le seul à avoir compris que les déserts émiratis sont au bord de la surchauffe... ?
Christophe Plotard
Parcs intérieurs. Banco pour les indoor ?
Plus de 30° de moyenne six mois de l’année. Les Emirats sont un four où les amateurs de parcs risquent bien de finir rôtis en quelques heures. La plupart des opérateurs ont, bien sûr, prévu d’adapter leurs infrastructures. Une grande partie des zones extérieures seront couvertes et les attractions en intérieur privilégiées. Les horaires devraient également être aménagés, avec des ouvertures aux heures les moins chaudes, y compris la nuit.
Mais face à ces conditions climatiques, les grands gagnants pourraient bien être les parcs indoor. Après Ski Dubaï, une piste de ski artificielle inaugurée en 2005 dans le Mall of Emirates, le Snow Dome, un mini-centre de sports d’hiver aux parois vitrées de 1 milliard de dollars, doit à son tour ouvrir à la fin de l’année dans Dubaïland. Suivra Restless Planet, un parc ludo-éducatif de 1 milliard de dollars consacré aux animaux préhistoriques, qui disposera de 110 dinosaures animés et interactifs sous un dôme de 85 mètres de hauteur. Il sera accessible via le Mall of Arabia, actuellement en construction.
Le groupe de production britannique Hit Entertainement, quant à lui, vient de mettre la dernière touche au masterplan de son futur Little Big Club, un petit parc pour enfants à Dubaïland. « Mais le meilleur coup est signé Sega, affirme Eric de Bettignies. Ils vont s’implanter dans la tour où il faut être. » Le célèbre éditeur de jeux vidéos a en effet annoncé, en février, l’ouverture, dès cette année, d’un parc « Sega Joypolis » au cœur du Dubaï Mall. Ce centre commercial, bientôt le plus vaste du monde, est situé au pied de la tour Burj Dubaï, la plus haute de la planète, toujours en construction. Le premier acte d’une stratégie plus large : Sega compte ensuite développer des complexes similaires à travers tout le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord.
Dubaï vs Abu Dhabi. Duel sur le thème de la F1
Deux parcs consacrés à la Formule 1 à moins de 150 km l’un de l’autre ? Aux Emirats, cela ne semble troubler personne. En 2009, à quelques semaines d’intervalles, Abu Dhabi inaugurera son complexe consacré à Ferrari sur l’île de Yas Island tandis que Dubaïland accueillera le parc F1-X, intégré au projet plus vaste de Motor City.
Le premier s’étendra sur 25 hectares et comportera 24 attractions, dont un gigantesque grand huit catapulté Maurer Söhne à deux circuits parallèles qui coûtera 20 millions d’euros. Le second parc, construit sur 20 hectares, coûtera 350 millions d’euros et aura pour attraction phare une montagne russe Gerstlauer de type Euro Fighter. Tous deux seront à proximité immédiate de circuits de course bientôt intégrés au calendrier de la saison internationale de F1.
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