Sites classés
La France sur liste d'attente
Nouvelle série d’inscriptions au Patrimoine mondial. Mais le label décerné par l’Unesco est de plus en plus difficile à obtenir. Notamment pour la France.
Faiblesse des dossiers de candidature ou critères de choix de plus en plus sévères ? Le Comité du patrimoine mondial de l’Unesco, réuni pour sa trentième session à Vilnius (Lituanie) du 8 au 16 juillet, n’a inscrit cette année que dix-huit nouveaux sites sur la prestigieuse liste du patrimoine de l’Humanité, contre vingt-quatre en 2005.
Plus de la moitié des trente-sept candidatures a donc été rejetée, parmi lesquelles celle des Cévennes et des Grands Causses, unique dossier français en lice pour la cuvée 2006. Le site espérait un classement en tant que « paysage culturel », une appellation permettant de mettre à l’honneur des panoramas tout entiers, fruits de plusieurs siècles de présence humaine au cœur d’un territoire et d’un milieu naturel. C’est sous ce vocable qu’avaient déjà été distingués la juridiction de Saint-Émilion, en 1999, et le val de Loire, en 2000. Mais depuis quelques années, l’Unesco tente d’opérer un rééquilibrage. D’une part, l’organisation souhaite donner la priorité aux sites naturels, qui ne représentent que 162 des 830 biens inscrits au Patrimoine mondial, tandis que 644 ont obtenu le précieux label pour leurs qualités culturelles et 24 autres, dits “mixtes”, appartiennent aux deux catégories. D’autre part, elle ne cache pas sa volonté de privilégier les candidatures provenant des pays absents de la liste ou sous-représentés. Au détriment, par conséquent, du continent européen, de loin le mieux loti.
La France, avec trente sites classés, occupe le cinquième rang mondial derrière l’Italie (41 sites), l’Espagne (39), la Chine (33) et l’Allemagne (32). Du Mont-Saint-Michel au château de Versailles, en passant par le pont du Gard, les rives de la Seine à Paris ou la ville fortifiée de Carcassonne, la plupart bénéficient d’une renommée internationale. En 2005, la ville reconstruite du Havre et vingt-trois beffrois du nord du pays ont également obtenu leur ticket d’entrée. Seul point noir de la liste française : elle ne compte qu’un bien naturel, le golfe de Porto, en Corse, et un bien mixte, celui du Mont-Perdu, sur la frontière franco-espagnole, qui inclut le cirque de Gavarnie.
« On a notamment sous-estimé le patrimoine naturel des Dom-Tom », confirme Sébastien Moncorps, directeur de l’UICN France, la branche française de l’Union mondiale pour la nature. Mais un changement pourrait s’amorcer dès l’an prochain grâce à la probable candidature du massif corallien de Nouvelle-Calédonie. « Le dossier est à l’étude et avance bien », assure Philippe Demeron, de la direction Nature et Paysages du ministère de l’Écologie. Tout comme celui du piton de la Fournaise, à la Réunion, il figure depuis quatre ans sur la liste indicative française, un document qui recense tous les biens susceptibles de faire l’objet d’une demande de classement. Trente-huit sites y sont inscrits parmi lesquels, pêle-mêle, le bassin minier du Nord-Pas-de-Calais, le château de Vaux-le-Vicomte, la Camargue, le vignoble champenois, les îles Marquises, les parcs nationaux de la Vanoise, de Port-Cros et des Écrins, ou encore les mégalithes de Carnac.
« De notre côté, poursuit Sébastien Moncorps, nous appuyons en faveur du Mont-Blanc, qui figure sur cet inventaire depuis longtemps, et nous allons lancer une étude sur la baie de Somme, qui n’en fait pas partie pour l’instant. »
Reste que les procédures d’inscription au Patrimoine mondial sont longues et complexes. Et le secret des débats presque aussi bien gardé que lors de l’attribution des jeux Olympiques par le CIO ! « Nous ne fournissons jamais d’informations sur les candidatures avant la décision du Comité », prévient-on d’ailleurs au siège de l’organisation. Objectif : zéro fuite, pour éviter toute politisation des débats. Car au-delà des discours officiels rappelant la nécessité fondamentale de préserver l’héritage commun de l’Humanité, l’obtention du label est aussi affaire d’image… et de gros sous. Surtout quand, comme la France, on cherche à défendre une influence culturelle sur la scène internationale et une place de première destination touristique de plus en plus concurrencées.
Est-ce à dire que le Comité du patrimoine mondial, réuni une fois par an, se trouve soumis à d’incessantes pressions extérieures ?
Une procédure longue de dix-huit mois.
Une chose est sûre : n’y sont représentés que 21 des 182 États issus de la Convention de 1972 sur le Patrimoine mondial, chaque membre étant élu par l’assemblée générale pour un mandat maximum de six ans. Eux seuls choisissent d’inscrire ou non un bien.
Leur verdict vient en fait clore un an et demi de procédures, délai minimum qui s’écoule entre le dépôt d’une demande de classement et la décision finale. Préalable à toute présentation officielle, le site candidat doit d’abord figurer sur la liste indicative de l’État demandeur. Un dossier est alors déposé auprès du Centre du patrimoine mondial qui, après en avoir vérifié la validité formelle, le transmet pour évaluation sur le terrain. Une charge confiée aux experts de l’Icomos (Conseil international des monuments et des sites), pour les biens culturels, et de l’UICN, pour les biens naturels. Les rapports qu’ils rendent, bien que n’ayant qu’une valeur consultative, jouent un rôle déterminant dans la décision finale du Comité.
Chaque site est tenu de satisfaire à l’un au moins des dix critères qui permettent de s’assurer, selon les termes de la Convention de 1972, de sa « valeur universelle exceptionnelle ». Les biens culturels doivent « représenter un chef-d’œuvre du génie créateur humain », « apporter un témoignage unique (…) sur une tradition culturelle ou une civilisation » ou « une période significative de l’histoire humaine ». Les sites naturels sont évalués en fonction de références esthétiques mais aussi scientifiques. Ils doivent « être des exemples éminemment représentatifs des grands stades de l’histoire de la terre » ou « de processus écologiques et biologiques en cours », ou encore « contenir les habitats naturels les plus représentatifs et les plus importants pour la conservation in situ de la diversité biologique ».
À l’automne prochain, deux nouvelles candidatures françaises vont subir leur examen de passage et tenter de convaincre les experts. L’une porte sur un ensemble de dix-huit grottes à concrétions localisées dans le sud du pays, l’autre concerne le port de la Lune, à Bordeaux. Verdict de l’Unesco en juin 2007.
Christophe Plotard
Depuis 1979... Trente sites inscrits
1. Basilique et colline de Vézelay (1979).
2. Cathédrale de Chartres (1979).
3. Mont Saint-Michel et sa baie (1979).
4. Palais et parc de Versailles (1979).
5. Sites préhistoriques et grottes ornées de la vallée de la Vézère (1979).
6. Abbaye cistercienne de Fontenay (1981).
7. Arles, monuments romains et romans (1981).
8. Cathédrale d'Amiens (1981).
9. Palais et parc de Fontainebleau (1981).
10. Théâtre antique et ses abords et arc de triomphe d'Orange (1981).
11. Saline royale d'Arc-et-Senans (1982).
12. Abbatiale de Saint-Savin-sur-Gartempe (1983).
13. Golfe de Porto : calanche de Piana, golfe do Girolata, réserve de Scandola (1983).
14. Places Stanislas, de la Carrière et d'Alliance à Nancy (1983).
15. Pont du Gard (1985).
16. Strasbourg, la Grande Ile (1988).
17. Cathédrale Notre-Dame, ancienne abbaye Saint-Rémi et palais de Tau, Reims (1991).
18. Paris, rives de la Seine (1991).
19. Cathédrale de Bourges (1992).
20. Centre historique d'Avignon : Palais des papes, Ensemble épiscopal et pont d'Avignon (1995).
21. Canal du Midi (1996).
22. Pyrénées, le Mont-Perdu (1997, 1999).
23. Ville fortifiée historique de Carcassonne (1997).
24. Chemins de Saint-Jacques-de-Compostelle en France (1998).
25. Site historique de Lyon (1998).
26. Beffrois de Belgique et de France (1999, 2005).
27. Juridiction de Saint-Émilion (1999).
28. Val de Loire entre Sully-sur-Loire et Chalonnes (2000).
29. Provins, ville de foire médiévale (2001).
30. Le Havre, la ville reconstruite par Auguste Perret (2005).
RECHERCHE
DOSSIERS
DIAPORAMAS
> Cambodge & Thaïlande
> Argentine