Cambodge

Phnom Penh se réveille

Valeurs actuelles | 26 mai 2006

La "perle de l'Asie" commence à retrouver son éclat d'antan. En partie reconstruite, elle amorce une nouvelle phase de développement.

La douceur de vivre fit sa réputation. Quinze ans après la signature des accords de paix de Paris (23 octobre 1991), la capitale du Cambodge renoue avec ce passé heureux. On s'y promène sans risque. Dans le centre historique, le long des larges avenues dessinées sous l'époque coloniale, sur les berges rénovées du fleuve Tonle Sap ou autour du Wat Phnom, la colline qui donna son nom à la ville, les touristes restent encore discrets mais leur nombre ne cesse d'augmenter, surtout des Français.

Rien, pourtant, ne peut faire oublier que la "perle de l'Asie", comme on la surnommait au début du XXe siècle, a été martyrisée par les Khmers rouges. En avril 1975, elle fut vidée en quelques jours de ses deux millions d'habitants. Elle ne comptait plus que 30 000 âmes lors de sa conquête par les Vietnamiens en janvier 1979. Ville morte et délabrée, elle fut repeuplée sous forme de "squats", mais jamais vraiment réhabilitée.

Les travaux de modernisation ont sérieusement démarré à la fin des années 1990. En dix ans, plus de 540 millions de dollars ont été investis. Phnom Penh connaît aujourd'hui un niveau d'équipement supérieur à celui des années d'avant-guerre, mais le chantier est loin d'être terminé. Seuls les quartiers qui concentrent administrations, sites touristiques et villas aisées ont profité de la rénovation.

Ailleurs, la capitale cambodgienne offre toujours le visage d'une ville du tiers-monde : pauvre, sale et faiblement aménagée. « On le voit par exemple avec l'électricité, explique François Marion, de l'ONG française "Pour un sourire d'enfant". La quantité qui arrive dans les quartiers est fonction du niveau de revenu des gens. Des coupures se produisent partout, mais dans les zones les plus pauvre, elles durent six à sept heures par jour. »

La grande fortune côtoie l'extrême misère : 4x4 de luxe et charrettes à bras, somptueuses villas et taudis sordides, parfois séparés de quelques dizaines de mètres. En plein centre-ville, sur les berges du fleuve Bassac, l'un des plus importants bidonvilles de la capitale est même installé aux pieds du nouveau siège de l'Assemblée nationale. La municipalité vient d'en ordonner l'évacuation. Les familles seront relogées en périphérie. Un terrain leur est gratuitement cédé mais il est rarement viabilisé, et éloigné de tout.

Comme d'autres avant elles, beaucoup reviendront s'installer en ville, pour gagner quelques dizaines de dollars par mois. Résultat : une population urbaine en progression constante. Les prix du foncier et de l'immobilier explosent, faisant craindre une bulle spéculative. Le trafic auto et moto s'intensifie, dans une métropole où les règles de circulation sont embryonnaires et les transports publics inexistants.

Les autorités municipales ont présenté le schéma directeur d'urbanisme de la capitale à l'horizon 2020. La population "de jour" de Phnom Penh devrait passer de 1,5 à plus de 2,2 millions d'ici là. La métropole pourra-t-elle absorber cette croissance démographique alors que le besoin en logements est déjà bien supérieur à l'offre ? D'ici à quinze ans, de véritables villes nouvelles pourraient voir le jour.

En juillet 2005, une société d'investissement malaise a signé avec le gouvernement un bail de cent ans pour l'aménagement de la presqu'île de Chruy Changwar, qui sépare le Tonle Sap du Mékong. En janvier dernier, la municipalité confiait à un groupe canadien l'île de Koh Pich, sur le fleuve Bassac. Les images de synthèse montrent des projets ambitieux (centres commerciaux, tours de bureaux, golf).

Phnom Penh saura-t-elle résister au gigantisme version Bangkok ? « Nous ne suivrons pas cette voie, affirme Sor Phara, directeur adjoint du Bureau des affaires urbaines de la municipalité. Notre population est bien inférieure et nos bâtiments beaucoup moins élevés. » Si l'inverse se produisait, la petite capitale aux airs de sous-préfecture y perdrait son charme et sa réputation.

Christophe Plotard

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