Transports. Le principe s'est développé à l'étranger, mais aucun projet n’a encore abouti en France. Plusieurs municipalités y pensent.

Des téléphériques en ville ?

Valeurs actuelles | 28 mars 2008

André Santini a jeté l’éponge. Le maire d’Issy-les-Moulineaux (Hauts-de-Seine) a annoncé le mois dernier l’abandon du projet de téléphérique qu’il défendait pour sa ville. L’équipement imaginé devait permettre de relier la mairie, terminus de la ligne 12 du métro parisien, à l’ancien fort militaire, situé sur les hauteurs de la commune, où doit être construit un quartier flambant neuf.

Des télécabines au coeur des villes ? Aussi farfelue qu’elle puisse paraître, l’idée n’a rien de nouveau. En Algérie, tandis que Constantine franchira le pas en avril, Alger rénove ses quatre lignes existantes, dont la première date des années 1950, et s’apprête à en ouvrir trois nouvelles. Aux États-Unis, le célèbre “Roosevelt Island Tramway”, qui s’élève au milieu des gratte-ciel de Manhattan, a depuis l’an dernier une cousine à Portland (Oregon). D’autres, davantage dédiés aux touristes, fonctionnent à Barcelone, sur l’île de Madère, au Mexique ou en Belgique.

Plus emblématique encore, le “Metrocable” de Medellin, en Colombie, dessert depuis 2004 plusieurs quartiers et bidonvilles installés sur les pentes des collines qui dominent l’agglomération. Les pylônes, alignés au centre d’une rue, tracent une saignée qui monte au milieu des habitations en brique. Sur le plan esthétique, l’ensemble s’intègre plutôt mal au paysage. Mais en termes de fréquentation, le succès est total. Un million de voyageurs empruntent le premier tronçon chaque mois. Une réussite qui a non seulement convaincu la municipalité de construire une seconde liaison, mais intéresse aussi d’autres villes d’Amérique du Sud, à commencer par Rio de Janeiro.

Et la France ? Chez nous, le sujet suscite jusqu’à présent plus d’opposition que de soutien. Les mêmes reproches reviennent : ces équipements sont trop chers, inappropriés aux besoins et risquent de défigurer les villes et de nuire à la tranquillité des riverains.

Autant de griefs contre lesquels Martial Saddier a décidé de partir en guerre. Député de Haute-Savoie, il veut convaincre que « le transport par câble peut offrir une alternative intéressante. Son coût est très inférieur à celui d’un tramway ou d’un métro et il présente un réel avantage environnemental, assure-t-il. Après, il y a un aspect visuel, c’est sûr. Mais il suffirait de réaliser une ou deux opérations emblématiques pour montrer que c’est possible. »

Chez Poma, numéro un mondial du transport par câble, installé en banlieue grenobloise, on va évidemment dans le même sens. « D’un point de vue technique, c’est facile et rapide à installer, soutient Jean-Paul Huard, directeur des opérations. Nous ne cherchons pas à remplacer les autres modes de transports. Nos débits restent limités, de l’ordre de 3 000 personnes par heure. Mais dès qu’il y a un dénivelé ou un obstacle à franchir, il n’y a rien de mieux que le câble. »

Reste que le projet d’Issy-les-Moulineaux était jusqu’à présent le plus avancé. À Grasse (Alpes-Maritimes), la proposition de ligne entre le centre ville et la gare, située en contrebas, a fait long feu. Idem à Grenoble (Isère), qui dispose déjà d’un téléphérique touristique, le seul de France en milieu strictement urbain, où un projet de liaison avec une zone de banlieue située légèrement en altitude semble aujourd’hui mis de côté, après avoir suscité l’intérêt des élus locaux.

Les promoteurs du téléphérique en milieu urbain parlent d’une alternative à la voiture dans une zone où le trafic atteint la saturation aux heures de pointe. Un argument sur lequel s’appuie aussi un conseiller municipal de Givors (Rhône), qui propose de relier un plateau de moyenne altitude à la gare de la ville, permettant ainsi aux habitants de cette zone d’éviter les embouteillages.

De Chambéry (Savoie) à Bagnolet (Seine-Saint-Denis), d’autres projets font surface. À Paris, une liaison entre les gares de Lyon et d’Austerlitz avait failli aboutir il y a quelques années. Aujourd’hui, lorsqu’on interroge le Stif (Syndicat des transports d’Île-de-France), l’autorité organisatrice des transports en commun de la région parisienne, sur ces projets de téléphériques urbains, la réponse est presque amusée : « Disons, pour être francs, que nous avons d’autres priorités... »

Christophe Plotard

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