Marché noir

Les affaires du père Noël

Valeurs actuelles | 24 décembre 2004

A Noël, les ventes de produits dits de "luxe" ou de jouets génèrent de gros bénéfices et aiguisent l'appétit des trafiquants.

L'huître n'est pas le seul produit de fête à attiser l'imagination des voleurs, des trafiquants et autres escrocs. Le vignoble champenois connaît aussi ses aigrefins. Ainsi, chaque année, des viticulteurs peu regardants sont interpellés pour fabrication de "faux" champagnes, à partir d'excédents de moûts (jus de raisin issu de la première fermentation).

On s'en doute, la production du célèbre vin à bulles est soumise à des quotas très stricts. Pour les dépasser, afin d'arrondir leurs fins de mois, certains producteurs remplissent en secret, grâce à des ateliers clandestins et rudimentaires, des bouteilles supplémentaires ensuite revendues à bas prix. Le commerce fonctionne essentiellement par le bouche à oreille. Selon l'Union des maisons de champagne, il ne représente que quelques milliers de bouteilles par an, qui ne rejoignent jamais les circuits de vente officiels.

Rien à voir avec les bouteilles dérobées lors de braquages de camions ou de vols dans les celliers qui alimentent un marché parallèle dont profitent de nombreux bars et discothèques.

« Cette délinquance, explique Christian Burton, chef d'escadron de gendarmerie dans le département de la Marne, met en scène des bandes de malfaiteurs multicartes. Ils lancent des raids dévastateurs, réalisant plusieurs vols ou tentatives au cours d'une seule et même nuit. » Cinq à six camions sont ainsi volés ou vidés chaque fin d'année, ce qui représente tout de même quelque cent mille bouteilles de champagne.

Mais cette année sera, du point de vue de la maréchaussée, d'un meilleur cru. En effet, selon les chiffres de l'Office central de lutte contre la délinquance itinérante (OCLDI), qui se base sur les quinze premiers jours de décembre, 2004 a d'ores et déjà enregistré une baisse importante des vols de fret, toutes marchandises confondues, par rapport à l'an dernier.

Dans le secteur du jouet, dont le fléau principal est la contrefaçon, les trafics semblent eux aussi en légère régression cette année. Sans doute parce qu'aucune mode ne domine actuellement le marché. A contrario, l'an passé, la toupie Beyblade, vendue par Hasbro France, filiale tricolore du géant américain du jouet, a été copiée sans relâche. Les premières contrefaçons provenaient du sous-traitant de la marque en Chine. L'entreprise, chargée de produire les originaux, récupérait l'ensemble des toupies n'ayant pas satisfait au contrôle de qualité, puis les expédiait dans des emballages identiques obtenus par photocopie. Un importateur parallèle, d'abord immatriculé en France puis au Luxembourg, se chargeait de les revendre, à bas prix, aux réseaux de distribution français parmi lesquels de grandes enseignes. Le groupe a toujours dissimulé leur nom. Les grands magasins sont leurs plus gros clients et l'affaire s'est réglée à l'amiable.

Mais, si l'on en croit Marc-Antoine Jamet, président de l'Union des fabricants, c'est en réalité dans les marchés forains et les magasins discount que sont écoulés la majorité des jouets contrefaits. Plusieurs entrepôts, notamment dans la banlieue nord de Paris, fourniraient régulièrement les petits revendeurs.

Les réseaux du crime organisé profitent souvent de ces trafics internationaux, très rémunérateurs et peu risqués. Le trafic de caviar de contrebande en est un autre exemple. Malgré la disparition progressive des esturgeons, la pèche clandestine perdure et tout le monde en profite : braconniers, fonctionnaires corrompus et trafiquants. En 2003, les douaniers de la gare du Nord, à Paris, avaient intercepté un passeur dont les valises contenaient quarante kilos de caviar. L'homme n'a jamais dénoncé ses contacts mais les enquêteurs semblent avoir reconstitué une partie de la filière. Le produit de contrebande n'emprunte évidemment aucun circuit commercial visible. Il est vendu à ceux qui connaissent la combine sur commande, environ deux fois moins cher que le caviar légal. Seul ennui : enfermé dans des bagages à température ambiante, il pourrit en quelques heures. Avis aux amateurs.

Christophe Plotard

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